• Même si une loi leur permet l'adoption, les couples homos risquent d'être confrontés à un parcours du combattant pour aller au bout des procédures. Mais c'est un grand pas en avant en matière d'homoparentalité, souligne l'APGL.

    Le projet de loi proposé par le gouvernement de François Hollande pour ouvrir le mariage et l'adoption à tous les couples fait débat, et nombreux sont ceux qui ont souligné les difficultés que rencontreraient quoi qu'il arrive les couples de même sexe dans les procédures d'adoption. Dominique Boren, co-président de l'Association des Parents et futurs parents Gays et Lesbien (APGL), distille un peu d'espoir dans le doute ambiant...

     

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    On a beaucoup entendu que, même si le projet de loi ouvrant le mariage et l'adoption à tous les couples est voté à l'Assemblée, ce sera toujours la croix et la bannière pour les homosexuels d'adopter un enfant...

    On opère une confusion lorsqu'on parle de l'ouverture de l'adoption aux couples de même sexe. Il faut distinguer deux choses : si on parle de l'adoption comme l'adoption d'un enfant confié à l'administration publique ou à des organismes internationaux, c'est une question qui mérite effectivement d'être approfondie. Dans ce cas, les pessimistes ont raison : on ne connait aucun pays ouvert à l'adoption internationale qui accepterait de confier un enfant à un couple de même sexe, même marié.

    Mais si on parle d'un autre type d'adoption, tout aussi fondamental, l'adoption par le conjoint du parent légal d'un enfant, c'est une révolution toute autre qui se prépare. C'est le fondement même de l'homoparentalité : on donnerait enfin des droits parentaux à quelqu'un qui se déclare vouloir être parent aux côtés de celui ou celle qui est légalement parent de l'enfant qu'ils ont voulu ensemble. Ce que l'on réclame, c'est un cadre légal qui sécurise l'enfant.

    Dans le cas des enfants confiés aux administrations, il y a une difficulté accrue pour les homosexuels d'adopter, qu'ils soient célibataires ou en couple. Le projet de loi ne changerait donc rien ?

    C'est un pas important d'ouvrir le régime de l'adoption à l'adoption conjointe par un couple de même sexe et c'est tout le chantier du système d'adoption qu'il faut revoir. Il y a plusieurs problèmes en France, le premier, c'est qu'il y a moins de 800 enfants déclarés adoptables chaque année. La France n'est pas un pays d'adoption, c'est un pays où on va privilégier les liens avec les parents biologiques. Les enfants vont être placés chez un membre de la famille, même très éloigné, pour qu'ils ne soient pas considérés comme adoptables. "L'offre" est donc limitée, pour des demandes toujours plus importantes.

    Le deuxième souci, c'est que les administrations privilégient une approche réparatrice. Les couples hétérosexuels, jeunes, blancs, vont être favorisés en vertu d'un conformisme hétérosexué prônant le bien être de l'enfant. Certains couples hétérosexuels sont d'ailleurs écartés de ces critères et ont autant de mal à adopter que les gays ou les lesbiennes.

    C'est un problème d'éducation et de formation. Il va falloir consacrer du temps à expliquer que les homosexuels sont totalement capables d'être parents - y compris auprès des travailleurs sociaux ou des employés des services d'adoption - et les couples vont devoir considérer l'adoption d'une manière nouvelle. L'essentiel des demandes aujourd'hui sont pour des bébés : l'adoption devrait être plus large que cela. Ces problèmes trouveraient remède par un changement de représentation aussi bien du côté des adoptants que des organismes, par des campagnes informatives, la formation professionnelle et un réel engagement politique.

    Les organismes d'adoption internationaux sont contraints de respecter les lois en vigueur dans les pays partenaires. Beaucoup d'entre eux refusent de confier des enfants aux homosexuels. Pour adopter en 2013, devrions nous continuer de taire notre orientation sexuelle ?

    La présentation du projet de loi a déjà donné lieu à des propos alarmistes au Quai d'Orsay. L'adoption internationale est déjà difficile, ils pensent que les pays seront davantage méfiants à l'égards des dossiers d'adoptants célibataires si l'on autorise le mariage et l'adoption pour tous. Aujourd'hui, il y a d'autres pays en Europe, comme la Belgique ou le Danemark, qui ont ouvert l'adoption aux couples de même sexe et qui en ont déjà une certaine pratique. L'Europe devrait se construire sur cette question, provoquer une prise de conscience, inciter les pays réticents à ne pas discriminer les personnes homosexuelles dans les processus d'adoption. La réforme de l'adoption ne servira à rien si elle ne s'accompagne pas d'une volonté politique forte.

    Par David Chaumet.


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